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Mission Point Final — Gadelruis Édito

Diversité
et représentation

Sortir des stéréotypes, représenter avec justesse, écrire des personnages qui ressemblent au monde réel.

Ta progression dans ce module0%
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Ce module s'accompagne d'une vidéo avec Aida de La Griffe

Aida est experte en représentation et diversité dans la fiction. Elle intervient en complément de ce cours. Suis son compte et retrouve toutes ses ressources via les liens ci-dessous.

Peut-on représenter un groupe dont on ne fait pas partie dans son roman ?

C'est la question que tout le monde se pose et que personne ne pose vraiment à voix haute. La réponse courte : oui, avec de la rigueur, de l'humilité et du travail. La réponse longue, c'est tout ce module.

La fiction a toujours raconté des expériences qui ne sont pas celles de l'auteur. C'est son rôle. Le problème n'est pas de représenter, c'est de représenter sans s'être éduqué, sans avoir cherché à comprendre, sans s'être confronté à ses propres biais.

Un personnage issu d'un groupe que tu ne connais pas n'est pas un problème en soi. Un personnage construit sur des clichés non questionnés, réduit à des stéréotypes, instrumentalisé pour servir l'arc d'un autre personnage, c'est un problème. Et ce problème a un coût réel pour les personnes qui se reconnaissent ou ne se reconnaissent pas dans ces représentations.

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La règle de base : plus tu t'éloignes de ta propre expérience, plus le travail de recherche et d'introspection doit être important. Ce n'est pas une limite, c'est une responsabilité.

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Le tokenisme

🎮 Qu'est-ce que le tokenisme ?

Le tokenisme consiste à inclure un personnage issu d'un groupe minoritaire de façon superficielle, principalement pour donner l'apparence de la diversité sans réellement s'y engager. Le personnage existe pour cocher une case, pas pour exister vraiment dans l'histoire.

Il n'a pas d'arc propre, pas de profondeur, pas de vie intérieure réelle. Son appartenance à un groupe est sa seule caractéristique notable. Il est là pour prouver que la diversité est représentée, pas pour être un personnage.

Exemple : Barbie (2023)
Le film présente des Barbies diverses (une en fauteuil roulant, une autre noire, une autre grosse), mais sans aucun arc narratif dédié, aucune présence réelle. Leur seule fonction est visuelle : montrer de la diversité. C'est précisément le tokenisme. Un personnage présent pour sa représentation.

Comment l'éviter : demande-toi si ce personnage aurait la même importance dans l'histoire s'il appartenait au groupe majoritaire. Si la réponse est non, quelque chose cloche. Un personnage bien représenté existe indépendamment de son appartenance identitaire, même si celle-ci nourrit qui il est.

Les cinq groupes
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Les clichés à déconstruire

Pour chaque groupe, tu trouveras les mécanismes problématiques les plus fréquents et les bonnes pratiques pour les dépasser. Clique sur chaque groupe pour l'ouvrir.

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Personnes racisées
La représentation des personnes racisées dans la fiction reproduit souvent des mécanismes hérités du racisme systémique : exotisation, hypersexualisation, réduction à un rôle de faire-valoir ou de sauvé par un personnage blanc.

Clichés à éviter

  • L'exotisation : traiter la culture, les traits physiques ou les origines comme quelque chose d'extraordinaire ou de mystérieux plutôt que de normal
  • Le white saviorism : le personnage blanc qui sauve, guide ou libère le personnage racisé qui ne peut pas s'en sortir seul
  • L'hypersexualisation : réduire le personnage à ses attributs physiques présentés comme exotiques et désirables
  • L'animalisation : les comparaisons animales ou les mouvements "félins", "de gazelle", etc. associés aux corps racisés
  • L'arc de la "diversité" : le personnage racisé dont toute la personnalité tourne autour de son origine ou de son trauma lié à la discrimination

Bonnes pratiques

  • Donner au personnage un arc narratif complet et propre, indépendant de son identité raciale
  • Traiter sa culture avec la même naturalité qu'on traite celle du groupe majoritaire
  • Multiplier les traits de personnalité qui n'ont rien à voir avec ses origines
  • Faire des recherches sur les représentations problématiques spécifiques au groupe
  • Lire des autrices issues du groupe que tu représentes pour comprendre les nuances de l'intérieur
Exemples à lire : Toni Morrison, Chimamanda Ngozi Adichie
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Personnes LGBTQIA+
Les personnages LGBTQIA+ dans la fiction sont souvent réduits à leur orientation ou identité, instrumentalisés comme faire-valoir comique ou tragique, ou représentés selon des archétypes qui ne reflètent pas la diversité réelle des expériences.

Clichés à éviter

  • Le meilleur ami gay : l'ami homosexuel dont le seul rôle est d'être drôle, stylé et au service de l'héroïne hétérosexuelle
  • La lesbienne triste : personnages féminins homosexuels voués à la souffrance, au rejet ou à la mort (le "bury your gays")
  • La "phase" : présenter l'identité LGBTQIA+ comme temporaire ou comme une erreur à corriger
  • La sexualisation excessive des personnages homosexuels, surtout masculins
  • Le coming out comme seul arc narratif : le personnage n'existe que pour se découvrir, pas pour vivre

Bonnes pratiques

  • Donner au personnage un arc complet où son orientation est une dimension parmi d'autres
  • Représenter des relations LGBTQIA+ heureuses ou en tout cas complexes, pas systématiquement tragiques
  • Diversifier les expressions de genre et les orientations au-delà du binaire gay/lesbienne
  • Se documenter sur les expériences réelles, pas sur les représentations médiatiques déjà stéréotypées
Exemples : Red, White and Royal Blue (Casey McQuiston)
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Personnes en situation de handicap et neuroatypiques
Les personnages handicapés ou neuroatypiques sont souvent écrits pour leur effet sur les autres personnages, pas pour leur propre histoire. Leur handicap devient un accessoire narratif : source d'inspiration, leçon de vie ou déclencheur d'empathie pour le protagoniste valide.

Clichés à éviter

  • L'inspiration porn : le personnage handicapé dont l'existence sert uniquement à inspirer ou à faire grandir le héros valide
  • La guérison miraculeuse : le handicap disparaît à la fin comme récompense narrative
  • Le génie compensatoire : neuroatypique donc forcément brillant dans un domaine précis
  • Le faire-valoir positif : présent pour rendre le protagoniste plus empathique ou plus humain
  • Réduire le personnage à son diagnostic ou à son handicap comme trait principal

Bonnes pratiques

  • Donner au personnage des désirs, des peurs, des relations et un arc qui existent indépendamment de son handicap
  • Montrer le handicap ou la neuroatypie comme une expérience vécue, pas comme un obstacle à surmonter
  • Ne pas systématiquement faire du handicap la source du conflit principal
  • Consulter des lecteurs sensitivity readers issus du groupe concerné
Exemples : The Rosie Project (Graeme Simsion) — avec nuances
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Personnes grosses
La grossophobie dans la fiction se manifeste souvent de façon insidieuse : la meilleure amie grosse, la rédemption par la minceur, le corps gros présenté comme obstacle à l'amour ou au bonheur. Ces représentations reproduisent des injonctions sociales sans les questionner.

Clichés à éviter

  • La meilleure amie grosse : drôle, dévouée, sans vie romantique propre, en orbite autour de l'héroïne mince
  • La rédemption par la perte de poids : le personnage trouve l'amour ou le succès après avoir maigri
  • Associer systématiquement les personnages gros à la nourriture, à la honte ou à l'autodérision
  • Le corps gros comme point de départ d'un arc de transformation physique présenté comme positif
  • Utiliser la grosseur comme trait comique ou comme signe de paresse / manque de volonté

Bonnes pratiques

  • Écrire des personnages gros avec des vies amoureuses, des ambitions et des arcs narratifs complets
  • Ne pas faire du corps le sujet permanent de la narration ou du regard des autres
  • Éviter les descriptions qui insistent sur le poids comme première caractéristique visible
  • Représenter la relation au corps comme complexe, pas comme une quête de transformation
Exemples à lire : Dumplin' (Julie Murphy)
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Genre : les femmes
Même dans des genres où les femmes sont protagonistes (romance, fantasy), les arcs féminins reproduisent des schémas genrés : la maternité comme accomplissement ultime, la femme forte réduite à ses relations amoureuses, ou l'arc héroïque conclu par un retour aux rôles traditionnels.

Clichés à éviter

  • L'arc conclu par la grossesse : la maternité comme point final de la trajectoire d'un personnage qui n'avait pas exprimé ce désir (Feyre dans ACOTAR, Katniss dans Hunger Games)
  • La femme forte qui perd toute ambition une fois en couple
  • L'antagoniste féminin dont la méchanceté vient de la jalousie ou de l'amour non partagé
  • La femme qui "n'est pas comme les autres filles" comme qualité narrative
  • Les personnages féminins qui n'ont de relations qu'avec des hommes

Bonnes pratiques

  • Donner à tes personnages féminins des ambitions, des peurs et des relations qui existent en dehors de l'arc romantique
  • Questionner si la maternité est cohérente avec le personnage tel qu'il a été construit, ou si c'est un reflex narratif
  • Créer des relations féminines complexes et centrales à l'intrigue
  • Laisser des personnages féminins choisir des voies non conventionnelles sans les punir narrativement
Le test de Bechdel reste un bon point de départ
Focus vocabulaire et race
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Focus : écrire la race avec justesse

La description des personnages racisés est un terrain particulièrement miné. Beaucoup d'autrices ont peur d'utiliser le mot "noir" et compensent avec un vocabulaire qui pose d'autres problèmes. Voici ce qu'il faut savoir.

La peur du mot "noir"

Dire qu'un personnage est noir n'est pas offensant. C'est un fait descriptif, comme dire qu'il est grand ou roux. Ce qui est offensant, c'est de le remplacer par des métaphores qui convoquent une histoire coloniale ou qui réduisent le personnage à un objet ou à un animal.

✖ A éviter
  • La peau "chocolat", "café au lait", "caramel" (vocabulaire alimentaire)
  • La peau "ébène" (connotation coloniale)
  • Les mouvements "félins", "de panthère" (animalisation)
  • "Black" en français (anglicisme qui évite le mot)
  • Les jambes "de gazelle", le sourire "nacré" comme seules descriptions
  • Les "grognements" associés au désir ou à la colère
  • La femme asiatique "serpentine" ou la "figure du dragon"
✔ A privilégier
  • Dire "noir", "noire" directement et naturellement
  • Décliner les tons de peau avec la même richesse qu'on le fait pour les personnes blanches (ivoire, porcelaine, dorée... alors pourquoi pas brun profond, brun clair, brun rosé...)
  • Varier les descriptions au-delà de la peau : les cheveux, la coiffure, la façon de se tenir
  • Traiter les traits physiques comme des détails parmi d'autres, pas comme l'élément central
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Si tu décris les personnages blancs avec dix adjectifs différents et que tous tes personnages noirs ont "la peau sombre", tu crées l'impression d'un groupe homogène face à des individus. Ce n'est pas de la représentation, c'est de l'effacement.

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Intersectionnalité

Croiser les identités

Dans la vraie vie, les gens n'appartiennent pas à un seul groupe. Une femme noire lesbienne vit des expériences qui ne se résument pas à "femme" + "noire" + "lesbienne" additionnés. Ces identités s'influencent et se nourrissent mutuellement. La fiction qui représente cette complexité est plus juste, plus riche et narrativement plus intéressante.

L'intersectionnalité n'est pas une contrainte. C'est une façon de rendre tes personnages plus humains et tes intrigues plus denses.

Femme noire lesbienne Homme gay et autiste Femme trans en situation de handicap Homme racisé et gros Femme asiatique neuroatypique Personne non-binaire racisée

Un personnage avec plusieurs couches identitaires n'est pas plus compliqué à écrire. Il est plus proche de la réalité. Et ces couches vont naturellement nourrir ses relations avec les autres personnages, ses conflits internes et son rapport au monde.

L'exercice le plus important
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Bilan de tes lectures

Avant de représenter, il faut se confronter à ce qu'on consomme. Remplis ce tableau avec tes 10 dernières lectures. L'objectif n'est pas de culpabiliser mais de se confronter honnêtement à ses propres biais de lectrice.

📖 Mes 10 dernières lectures

Pour chaque lecture, note le titre et coche ce que tu observes.

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Ce que tu consommes influence ce que tu écris. Si tes 10 dernières lectures sont majoritairement des romans avec des protagonistes blancs hétérosexuels valides, tes réflexes d'écriture seront calibrés sur ça. L'éducation commence par la lecture.

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Tes engagements

Je lis des autrices et auteurs issus des groupes que je représenteAvant d'écrire sur une expérience qui n'est pas la mienne, je cherche des voix internes à ce groupe.
Je fais relire mes passages sensibles par un sensitivity readerNotamment pour les groupes dont je suis éloignée culturellement ou socialement.
Je questionne mes descriptions physiquesEst-ce que je décris les personnages racisés avec la même richesse et la même naturalité que les personnages blancs ?
Je vérifie que mes personnages issus de la diversité ont un arc propreLeur appartenance identitaire est une dimension, pas leur seule fonction narrative.
Je me confronte à mes biais de lectrice régulièrementCe que je lis influence ce que j'écris. Je diversifie mes lectures activement.
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Retrouve Aida pour aller plus loin

Ce module est un point de départ. Les ressources d'Aida te permettront d'approfondir chaque thématique.

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Quiz bonnes pratiques

10 questions pour vérifier que les réflexes sont bien intégrés. Réponds à toutes les questions puis clique sur "Voir mes résultats".

❓ Teste tes connaissances

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